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Estelle, analyste Predictascan

Croissance européenne : ce que le PIB par habitant change au classement

AOÛT052026Décryptages

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    L'Allemagne stagne, le Royaume-Uni fait mieux que prévu, les Pays-Bas avancent. Trois voisins, trois trajectoires, et trois explications qui reviennent partout : le Brexit, le gaz russe, l'immigration. La réponse courte, c'est qu'aucune des trois ne suffit, et qu'une même croissance ne veut pas dire la même chose selon qu'on la rapporte à un pays ou à un habitant. Nous reprenons les chiffres officiels les plus récents, y compris ceux qui ont changé cet été, et nous montrons où le classement se déplace quand on change de mesure.

    Trois trajectoires, et des chiffres qui ont bougé

    Commençons par le sol : ce que disent les instituts statistiques, et non les commentaires qui les résument. En Allemagne, l'office fédéral a publié le 30 juillet 2026 une révision de fond de ses comptes nationaux. Elle change la lecture des trois dernières années : 2023 devient un recul de 0,8 %, 2024 n'est plus une récession mais une stagnation à 0,0 %, et 2025 conserve sa croissance de 0,2 %. Le deuxième trimestre 2026 ajoute 0,2 % par rapport au précédent. Une économie qui ne tombe plus, mais qui ne décolle pas.

    Au Royaume-Uni, l'office national des statistiques a révisé le produit intérieur brut 2025 à 1,4 %, après 1,1 % en 2024. Aux Pays-Bas, l'institut néerlandais donne 1,9 % en 2025 après 1,1 % en 2024, tirés par les exportations et par la consommation, publique comme privée. Pour situer, la zone euro dans son ensemble a progressé de 1,5 % en 2025.

    Croissance du PIB en 2025, en volume

    Allemagne : +0,2 % en 2025 Allemagne +0,2 % Royaume-Uni : +1,4 % en 2025 Royaume-Uni +1,4 % Zone euro : +1,5 % en 2025 Zone euro +1,5 % Pays-Bas : +1,9 % en 2025 Pays-Bas +1,9 % 0 %

    Sources : Destatis (chiffres révisés du 30 juillet 2026), ONS (31 mars 2026), CBS (30 janvier 2026), Eurostat (13 février 2026). Échelle proportionnelle. L'écart entre l'Allemagne et les Pays-Bas est d'un facteur proche de dix sur cette seule année.

    Première remarque, et elle n'est pas anodine : les chiffres allemands que l'on lisait encore en juillet ne sont plus les bons. Passer d'une deuxième année de récession à une stagnation change ce qu'on croit devoir expliquer.

    Le gaz russe pèse là où on peut le mesurer

    L'explication par l'énergie est solide, à condition de dire sur quel périmètre. Avant l'invasion de l'Ukraine, la Russie fournissait 52 % des importations allemandes de gaz. En 2022, cette part est tombée à 22 %, les livraisons par Nord Stream 1 s'étant réduites au fil de l'été jusqu'à s'arrêter complètement au début du mois de septembre. C'est un choc d'approvisionnement de première grandeur, subi en quelques mois.

    La trace la plus nette se lit dans l'industrie qui consomme le plus d'énergie. En 2025, la production des cinq branches dites énergo-intensives se situait 17,8 % en dessous de son niveau de 2021. Ces cinq branches représentaient à elles seules 77 % de la consommation énergétique de l'industrie allemande. Autrement dit, le choc s'est concentré là où il devait se concentrer, et il ne s'est pas résorbé.

    Production des branches énergo-intensives allemandes, base 100 en 2021

    2021 : indice 100, année de référence 2021 100 2025 : indice 82,2, soit 17,8 % sous le niveau de 2021 2025 82,2 Chimie, verre, ciment, papier, métaux : les cinq branches à forte intensité énergétique

    Source : Destatis, communiqué du 6 février 2026, données corrigées des effets de calendrier. Ces branches concentraient 77 % de la consommation d'énergie de l'industrie allemande en 2021. À retenir : le recul n'est pas un creux passager, il tient depuis trois ans.

    Ce que ce graphique ne dit pas, en revanche, c'est que le gaz expliquerait toute la stagnation allemande. Ces branches pèsent une part modeste de la valeur ajoutée du pays, et l'office fédéral attribue le maigre rebond de 2025 à la consommation des ménages et des administrations, pas aux exportations ni à l'investissement. Un choc énergétique n'explique pas qu'un pays exportateur cesse de tirer sa croissance de ses exportations.

    Au Royaume-Uni, la croissance a d'abord édémographique

    C'est ici que la mesure choisie change le classement. En 2024, l'économie britannique a progressé de 1,1 %. Rapportée au nombre d'habitants, cette croissance devient exactement nulle : 0,0 %. Toute la progression du gâteau avait éabsorbée par l'augmentation du nombre de convives. En 2025, le total monte à 1,4 % et le par habitant à 1,1 %. L'écart se referme, mais il ne se referme pas par miracle : il se referme parce que le flux migratoire s'est effondré.

    Royaume-Uni : croissance totale et croissance par habitant

    PIB total PIB par habitant 2024 : PIB total +1,1 %, PIB par habitant 0,0 % 2024 +1,1 % 0,0 % 2025 : PIB total +1,4 %, PIB par habitant +1,1 % 2025 +1,4 % +1,1 % Même pays, même année : deux mesures, deux verdicts

    Source : ONS, comptes nationaux trimestriels du 31 mars 2026. En 2024, la totalité de la croissance britannique s'explique par la hausse du nombre d'habitants. À retenir : le PIB total mesure la taille d'une économie, pas l'enrichissement de ceux qui y vivent.

    Les ordres de grandeur sont spectaculaires. Le solde migratoire britannique a culminé à 944 000 personnes sur l'année close en mars 2023, avant de retomber à 331 000 en 2024 puis à 171 000 en 2025. Une économie qui accueille près d'un million de personnes en douze mois voit mécaniquement son produit intérieur brut grossir, sans que le niveau de vie moyen n'en profite. C'est arithmétique, ni un mérite ni une faute.

    Quant au Brexit, le contredire ou le défendre ne dispense pas de regarder ce que l'organisme budgétaire britannique lui-même retient : une réduction de la productivité de long terme de 4 % par rapport au maintien dans l'Union, via une baisse d'environ 15 % de l'intensité des échanges à l'import comme à l'export. Ces hypothèses, l'organisme les a réexaminées en mars 2024 et les a jugées globalement conformes aux données observées. On peut discuter d'un modèle ; on ne peut pas écrire que les conséquences seraient purement politiques.

    Les Pays-Bas, la seule des trois à croître nettement

    Le cas néerlandais est le plus simple, et il est instructif justement pour cela. Le pays a fait 1,1 % en 2024 puis 1,9 % en 2025, au-dessus de la moyenne de la zone euro, portés par les exportations et par la consommation. Lui aussi a connu un choc démographique : sa population avait bondi de près de 227 000 personnes en 2022, un record dont plus d'un quart tenait à l'arrivée de réfugiés ukrainiens, avant de revenir à 140 000 en 2023. La différence avec le Royaume-Uni est que sa croissance de 2025 ne repose pas sur ce ressort qui a déjà largement reflué.

    Trois pays, trois chocs largement communs, trois résultats différents : voilà ce qui doit rendre méfiant devant l'explication unique. Le gaz, le Brexit et l'immigration sont des faits ; le récit qui prétend qu'un seul d'entre eux commande le classement n'en est pas un.

    Ce que nous en faisons, et ce que nous n'en faisons pas

    Nous n'utilisons pas ces chiffres pour prévoir. Une croissance publiée est un rétroviseur : au moment où l'office statistique la confirme, les marchés l'ont escomptée depuis des mois, et elle peut encore être révisée deux ans plus tard, comme l'Allemagne vient de le rappeler. Bâtir des positions sur un récit macroéconomique, c'est parier sur une donnée qui n'est pas encore stabilisée.

    Notre portefeuille de référence est investi en actions européennes éligibles au plan d'épargne en actions, avec une seule décision de répartition par mois, fondée sur les tendances de prix effectivement constatées et non sur un scénario de croissance. Quand un pays ou un secteur décroche durablement, la mécanique le voit dans les cours avant que nous ne le lisions dans les comptes nationaux. C'est le principe de la rotation sectorielle, et c'est aussi pourquoi nous nous tenons à une seule décision par mois. Rappelons que toute exposition aux marchés actions comporte un risque de perte en capital, et que les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

    La leçon transposable, elle, est de méthode : vérifier ce que mesure un chiffre avant de le commenter. Un produit intérieur brut total et un produit intérieur brut par habitant ne répondent pas à la même question. La même prudence vaut pour la performance d'un portefeuille, où le risque réel n'est presque jamais celui que l'on croit.

    Ce que nous ne prétendons pas

    Notre lecture a des limites, et il serait malhonnête de les taire. D'abord, le produit intérieur brut par habitant n'est pas non plus la mesure parfaite : il ne dit rien de la répartition, et une population qui vieillit peut voir son revenu par tête progresser pendant que son économie se contracte. Ensuite, l'argument démographique ne disqualifie pas la croissance britannique : accueillir des actifs qui produisent et consomment est un choix économique défendable, et plusieurs pays le font délibérément.

    Enfin, et c'est le point où l'argument inverse l'emporte : ne pas prévoir la macroéconomie a un coût. Un investisseur qui aurait anticipé dès 2022 la durée du choc énergétique allemand aurait évité des secteurs entiers pendant trois ans, ce que notre approche, qui attend la confirmation par les prix, ne permet pas de faire aussi tôt. Nous assumons ce retard parce que les prévisions macroéconomiques qui se vérifient sont rares et que celles qui échouent coûtent cher, mais nous ne prétendons pas que l'attente soit gratuite.

    Cet enregistrement est la propriété de Predictascan ; toute reproduction ou rediffusion sans autorisation est interdite.

    Sources

    Croissance allemande et révision des comptes nationaux : Destatis, « Gross domestic product in the 2nd quarter of 2026 up 0.2% on the previous quarter », communiqué du 30 juillet 2026, et Destatis, « Gross domestic product up 0.2% in 2025 », 15 janvier 2026. Production des branches énergo-intensives : Destatis, « Production in December 2025 », 6 février 2026. Approvisionnement gazier : Bundesnetzagentur, bilan gazier 2022, 6 janvier 2023. Croissance britannique et produit par habitant : ONS, « GDP quarterly national accounts, UK: October to December 2025 », 31 mars 2026. Solde migratoire : ONS, « Long-term international migration, provisional: year ending December 2025 », 21 mai 2026. Hypothèses Brexit : Office for Budget Responsibility, « Brexit analysis », et son réexamen de mars 2024, consultés le 5 août 2026. Croissance néerlandaise : CBS, « Dutch economy grows by 0.5 percent in Q4 2025 », 30 janvier 2026. Population néerlandaise : CBS, « Population growth almost doubled in 2022 », et CBS, « Population growth slower in 2023 ». Zone euro : Eurostat, estimation du 13 février 2026. Les chiffres de comptabilité nationale sont régulièrement révisés, comme le montre le cas allemand cité plus haut ; nous invitons chaque lecteur à les vérifier à la source avant toute décision.

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